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Les principaux risques professionnels et risques psychosociaux dans les EHPAD

Risques professionnels EHPAD, risques psychosociaux EHPAD

Il existe un certain nombre de risques professionnels liés au travail dans les EHPAD…
La proximité de la fin de vie, qui se traduit par une confrontation à des décès multiples et successifs, la fréquence des maladies des résidents, qui se traduit par une confrontation constante à la souffrance et aux germes pathogènes, la dépendance physique, qui nécessite l'aide au lever et au coucher, à l'habillage, à la toilette, à la prise des repas....la déchéance mentale, qui se traduit par une confrontation à de nombreux troubles du comportement, du langage, de la mémoire, de l'attention, du jugement... jusqu'à la démence sénile,  le contact avec les familles, avec des réactions psychologiques d'angoisse et de culpabilité de leurs membres et des attitudes de rivalité inconsciente de ceux-ci vis-à-vis des soins prodigués… exposent le personnel des EHPAD à des risques psychosociaux, physiques, infectieux .. 

Les risques psychosociaux en EHPAD : un risque majeur compte tenu de la spécificité des résidents
 

Dans les EHPAD, le risque d'épuisement professionnel chez le personnel, lié à la pression affective et émotionnelle importante d'une confrontation permanente à la souffrance, à la déchéance physique et mentale et à la mort, est un des risques professionnels pour lequel la prévention est à la fois la plus importante et la plus difficile à mettre en œuvre.
 
Des facteurs de risques identifiés
Les facteurs psychosociaux de risque au travail mis en évidence par la littérature scientifique peuvent être regroupés autour de six axes. Ils sont relatifs à l’intensité du travail et au temps de travail, aux exigences émotionnelles, à une autonomie insuffisante, à la mauvaise qualité des rapports sociaux au travail, aux conflits de valeurs et à l’insécurité de la situation de travail.
 
Les principaux facteurs de risques psychosociaux retrouvés sont :
- Le temps de travail : horaires décalés, travail de nuit, travail le week-end..
 
- Des exigences émotionnelles importantes :
  • La proximité et l'inéluctabilité de la mort génère sentiment d'impuissance, d'échec et de culpabilité,
  • Des relations avec le résident selon les cas, faciles et attachantes, ou difficiles avec des personnes méfiantes, autoritaires, exigeantes, agressives ou bien désorientées
  • Des relations conflictuelles avec certaines familles. Il faut alors supporter le manque de considération ou du résident ou de ses proches.
  • Enfin, l'agression physique violente (coups, projections d'objets, morsures, griffures) ou verbale (cris, injures..) se rencontre avec les personnes atteintes de démence sénile.
Des conflits de valeur : difficultés à concilier les exigences déontologiques (apporter la meilleure prise en charge possible), et les exigences administratives (toujours plus vite, avec moins de moyens).
 
- Des insatisfactions par rapport au travail effectué : manque de technicité des soins pour les infirmières, rôle peu enrichissant pour les aides-soignantes.
  
- L’insuffisance d’effectifs, de moyens matériels, de formation constituent également des facteurs de risques professionnels en EHPAD

Selon une étude réalisée par la FHF, le taux d'encadrement s’établit en moyenne à 0,27 en EHPAD rattaché à un hôpital et 0,25 en EHPAD autonome. Or les Plan Vieillissement et Solidarité et Plan Solidarité Grand Age relevaient qu’il fallait passer d’un ratio de 0,57 par résident à 0,65 tous personnels confondus.
Le niveau d’encadrement est donc faible en quantité mais également trop faible en qualification : le nombre d’IDE et d’AS moyen rapporté au GMP moyen (671.23) ne permet pas des soins de qualité.
 
- Le risque de maltraitance : l'excès de stress peut engendrer parfois chez le personnel des formes de négligence voire de maltraitance, car il se sent souvent incapable d'entrer en relation avec certains résidents et est alors coupable de comportements d'abandon ou de réactions à connotation agressive (impatience, énervement).
 
Des conséquences pour les salariés et les établissements
Les troubles psychosociaux des salariés travaillant en EHPAD peuvent avoir des conséquences sur leur santé mais également sur la santé des entreprises.

Les conséquences pour les salariés : 
Le stress peut-être à l'origine de plusieurs troubles et altérations de la santé :
- Troubles du sommeil, de la vigilance, de l'attention : ils peuvent entraîner une augmentation des risques d'accidents du travail
- Troubles cardio-vasculaires, Hypertension artérielle
- Troubles digestifs : brûlures d’estomac, colopathies…
- Troubles musculo-squelettiques (TMS) : les situations de stress augmentent la prévalence des TMS
- Troubles anxio-dépressifs
- Suicide ou tentative de suicide au travail ou à cause du travail.
 
Dans le secteur du soin, 39% des salariés estiment que leur travail affecte leur santé (4ème enquête de la Fondation européenne pour l’Amélioration des Conditions de Vie et de Travail, publiée en 2007).

Les conséquences pour les établissements :
L'existence de risques psychosociaux dans les établissements peut engendrer :
- Une augmentation de l’absentéisme et du turnover : un absentéisme en augmentation ou largement supérieur à la moyenne nationale est, la plupart du temps un indicateur de malaise social de l'entreprise.
Dans les EHPAD, la moyenne du nombre de jours d'absence par salariés est de  32,5 jours. 
- Des difficultés pour remplacer le personnel ou recruter de nouveaux employés
- Une augmentation des accidents du travail
- Une démotivation des salariés
- Une dégradation du climat social, une mauvaise ambiance de travail
- Une augmentation des actes de violence au travail ou de maltraitance : un salarié harcelé, stressé aura plus de difficultés à gérer sa charge émotionnelle. La qualité de son travail s'en ressentira, pouvant entraîner des actes de maltraitance à l’égard des usagers ou de violence au sein des équipes. 
 
Les moyens de prévention
Une formation continue, adaptée aux aspects psychologiques du métier de soignant en EHPAD est nécessaire. Elle permet de comprendre les troubles du comportement et de réagir au mieux. Elle permet aussi de savoir conserver ses "distances" pour se préserver des conséquences d'un attachement trop grand, de se familiariser avec les méthodes d'accompagnement des personnes âgées et de leur famille, de disposer de techniques de dialogue et de communication qui contribuent à désamorcer les risques de violence.
Le soutien psychologique doit être également être mis en place : réunion de concertation, soutien psychologique,
 

Les risques professionnels liés à l’activité physique : 80 % des accidents du travail et maladies professionnelles

 
Une partie des risques professionnels en EHPAD est fortement liée à l’activité physique des salariés : les manutentions des résidents, les chutes et glissades sont à l’origine d’environ 80% des accidents du travail et des maladies professionnelles dans les EHPAD.

- Les troubles musculo squelettiques (TMS)
Aider et soutenir les personnes dans les actes de la vie quotidienne, en tenant compte de leurs besoins et de leur degré d'autonomie, entraine des actions physiques qui sollicitent beaucoup l'appareil musculo-squelettique.
Les manipulations liées au lever ou au coucher des résidents, à l'habillage ou déshabillage, à la toilette sont d'autant plus difficiles et nombreuses à effectuer que les résidents ne sont pas en mesure d'aider et pèsent lourd.
Ces manipulations sont responsables de nombreux Troubles Musculo Squelettiques : TMS du membre supérieur, lombalgies…

- Les troubles musculo-squelettiques représentent environ 85% des maladies professionnelles en 2010 et le nombre de nouvelles victimes indemnisées pour ces troubles musculo-squelettiques a augmenté de 4,3% par rapport à 2009 (Assurance Maladie - chiffres 2010)

- Les TMS affectent deux salariés sur 1000 en moyenne. Le coût d’indemnisation des TMS est chiffré à 875 millions d’euros (rapport 2009 de la CNAM)

- 7 salariés interrogés sur 10 décla­rent ressentir une douleur associée aux TMS. La localisation des principales zones se situe au dos (50%), à l’épaule-nuque (45%), au poignet (25%), au ge­nou (17%) (sondage réseau Anact-CSA 2010)

- Les douleurs liées aux T.M.S touchent 15% des femmes de 20 à 59 ans et 11 % des hommes travaillant en entreprise, se­lon une étude de l’Institut de veille sani­taire (InVS - 2009)

 

Des conséquences pour le salarié et pour l’entreprise
Ces troubles ont des répercussions majeures à la fois sur le climat social, les accidents du travail, le turn-over, l’inaptitude et l’abandon du métier, bien avant l’âge de la retraite.
Dans le secteur médico-social, les troubles musculo-squelettiques (TMS) contribuent fortement à la pénibilité du travail et expliquent souvent un fort taux d’absentéisme, avec les impacts sur l’organisation et la qualité du service apporté aux personnes accueillies.

Les moyens de prévention
La prévention passe par une évaluation des risques professionnels propres à chaque EHPAD et la mise en œuvre d’actions portant sur :
La conception des EHPAD : dès la conception d’un nouvel établissement ou la rénovation, le maître d’ouvrage doit mener une analyse des risques et intégrer dans son projet les aspects fonctionnels et architecturaux aussi bien pour les salariés que es résidents.
L’équipement et l’aménagement des postes, (mécanisation, aides à la manutention, adaptation des postes aux travailleurs…)
L’organisation du travail (adaptation des rythmes de travail, coopération dans l’équipe, marges de manœuvre laissées aux salariés pour organiser leur travail…), avec prise en compte des facteurs psychosociaux
  
>> Pour en savoir plus sur les TMS
 
Références :
 
- Les chutes et accidents de plain-pied : très fréquents et pas si anodins…
En France, en 2007, les chutes ont représenté 24 % des accidents du travail avec arrêt et 23 % des accidents ayant entraîné des séquelles permanentes. Selon une enquête menée par la CNAMTS, les accidents de plain-pied ont causé la mort de 16 personnes en 2007.
 
Les accidents de plain-pied regroupent les glissades, les trébuchements, les faux pas et autres pertes d’équilibre sur une surface plane, même s’ils n’entraînent pas de chute. Ces accidents peuvent également survenir sur des surfaces présentant des ruptures de niveaux (trottoirs, marches…).
Ils peuvent avoir des conséquences lourdes. Cela dépend en partie de la dangerosité de l’environnement proche du travailleur. C’est la conjonction de plusieurs facteurs de risques qui rend une situation dangereuse… Il est donc important de savoir les identifier afin d’aménager l’environnement et l’organisation du travail et de sécuriser le salarié.
 
De nombreux facteurs de risques
- Les sols glissants, les obstacles imprévus,
- Les chaussures inadaptées (trop lisses) ou abîmées (des chaussures antidérapantes peuvent parfois être nécessaires),
- Un éclairage insuffisant,
· Les dimensions des locaux, des espaces de travail et de circulation qui rendent difficile le déplacement
- Le travail dans l’urgence : courir, porter plusieurs objets volumineux en même temps, … la fréquence des déplacements
- Le non-respect des consignes de sécurité
- L’inattention, la préoccupation, le stress….
Les jeunes salariés sont plus touchés par les accidents de plain-pied, probablement en raison du manque d’expérience, de la méconnaissance du risque ou encore des caractéristiques du poste occupé.
 
Les moyens de prévention
La prévention du risque de chute passe par la mise en place : 
- de mesures de prévention technique : les sols doivent rester aussi propres et secs que possible, dans les zones où le sol est souvent gras ou humide, le revêtement doit être antidérapant et maintenu en bon état, la dangerosité de l’environnement de travail doit être réduite au maximum, les espaces de rangements doivent être accessibles, en nombre suffisant et adaptés aux objets à stocker, l’éclairement doit être suffisant.
- de mesures de prévention liées à l’organisation du travail : aménagement des horaires d’entretien des sols, temps pour le rangement et le nettoyage des postes de travail, adaptation des délais au travail à réaliser.

La signalisation et l’éclairement des voies, la signalisation des obstacles, des zones humides, des marches dangereuses ou des ruptures de niveau doivent être prévus dans le plan de circulation dans l’entreprise.
Les principales consignes de sécurité ainsi qu’un affichage de sécurité spécifique doivent être placés bien en vue du personnel et remplacés une à deux fois par an.
 

Exemples de consignes de sécurité
- Pas de précipitation !
- Veiller à ce que tout soit en ordre (« une place pour chaque chose et chaque chose à sa place »)
- Porter des chaussures adaptées
- Signaler les revêtements de sol endommagés ou souillés, les ampoules grillées…

 

Les risques infectieux : un risque minimisé par les soigants
 

Les risques infectieux sont des risques professionnels bien réels dans les EHPAD.  Ces derniers sont potentiellement dangereux et ne doivent pas être négligés par la direction des Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées mais également par les professionnels de santé qui y travaillent et qui doivent y être sensibilisés.

La transmission des agents infectieux véhiculés par le sang ou les autres liquides biologiques lors des soins (sang) ou de nursing (selles et urine de la toilette intime ...), les retours de l'hôpital du fait des maladies nosocomiales, les agressions physiques de résidents agités (morsures, griffures) sont des situations fréquentes à risque infectieux.

Les affections parasitaires (poux, gale) peuvent survenir lors de la réception et la désinfection d'une personne âgée à l'hygiène négligée.

La prévention des infections nosocomiales ne peut pas être dissociée de la prévention des infections pouvant être contractées par le personnel des établissements. C’est la raison pour laquelle, il est exigé des salariés d’être très vigilants en matière de vaccinations et de lavage des mains. 
 
Les vaccinations obligatoires et recommandées
La vaccination doit s’intégrer dans une démarche globale de prévention des risques infectieux élaborée par l’employeur en collaboration avec le médecin du travail, le Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) et le Comité de Lutte contre les Infections Nosocomiales (Clin). Elle ne saurait remplacer les mesures de protection collectives et individuelles visant à réduire l’exposition.

La vaccination obligatoire s’impose au salarié : c’est une obligation individuelle, de nature contractuelle, à laquelle il ne peut déroger sans risquer une rupture de contrat, sauf en cas de contre-indication médicale reconnue par le médecin du travail. Il n’en est pas de même pour une vaccination recommandée, que le salarié peut refuser.
 
Les vaccinations obligatoires dans les EHPAD (art. L. 3111-4 du Code de la santé publique et arrêté du 15 mars 1991 modifié par l’arrêté du 29 mars 2005)
- BCG
- DT Polio
- Hépatite B (si exposé)
Les vaccinations recommandées dans les EHPAD
- Grippe saisonnière
- Hépatite A
 
Tableau 2012 des vaccinations en milieu professionnel
 
Des précautions d’hygiène
Outre les vaccinations, les risques infectieux sont des risques professionnels pouvant être limités grâce à l’adoption de bonnes habitudes.

Des précautions d'hygiène doivent être appliquées vis-à-vis de tous les résidents, quel que soit leur statut infectieux. Le lavage des mains, le nettoyage et la désinfection des surfaces souillées, le transport du linge et des matériels dans un emballage fermé étanche, la gestion des déchets souillés, etc. doivent faire l'objet de procédures rigoureuses.

Les points de lavage des mains avec des solutions hydro-alcooliques, doivent être facilement accessibles, nombreux, complets et bien entretenus.

Les équipements de protections individuelles sont indispensables au personnel des maisons de retraite pour les soins et les toilettes : vêtements de travail (blouse, combinaison, coiffe, tablier ...), gants de protection en vinyle, masque …

 

Écrit par Uni Santé - Docteur Vincent Bonniol
Créé le Lundi, 24 Septembre 2012 15:39
Mis à jour le Mardi, 29 Janvier 2013 13:19