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Travailler Santé
 
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Prévention santé dans les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) : pourquoi est-ce une démarche nécessaire ?  

Avec un nombre de personnes faisant appel aux centres d’hébergement et de réinsertion sociale en constante évolution (+30 % entre 1987 et 2008), un taux d’encadrement de 26 %, les actions de prévention santé dans les CHRS et notamment des risques professionnels doit faire partie des préoccupations des établissements.


Une augmentation du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté
 

Avant d’aborder la question de la prévention santé dans les CHRS, il convient de comprendre le contexte social dans lequel est plongée une la France aujourd’hui.  

Plus de 11 millions de Français sont touchés par la pauvreté ou l'exclusion, selon le rapport 2011-2012 de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (Onpes). La pauvreté sous toutes ses formes a augmenté en France depuis le milieu des années 2000.

Même si la France avait d'abord "plutôt bien résisté" à la crise 2008-2009, ses conséquences sont "lourdes, multiples et échelonnées dans le temps".

En 2012, selon l’INSSE, 12,9 % des personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. 
 
Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). L'Insee, comme Eurostat et les autres pays européens, mesure la pauvreté monétaire de manière relative alors que d'autres pays (comme les États-Unis ou l'Australie) ont une approche absolue. Dans l'approche en termes relatifs, le seuil de pauvreté est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. On privilégie en Europe le seuil de 60 % du niveau de vie médian.
 
Cette augmentation va entrainer une demande accrue d’hébergement en CHRS, aussi bien en urgence, qu’en insertion ou adaptation.
 

Nombre et taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté selon leur âge et leur sexe – INSSE 2012


Des publics hétéroclites

 
Les publics accueillis en CHRS n’ont pas les mêmes profils selon qu’ils intègrent des places d’insertion, de stabilisation ou d’urgence, en particulier au regard de leur situation familiale et du motif d’admission.
A partir de l’exploitation de l’enquête « ES 08 » Drees , une typologie des personnes accueillies en CHRS a été construite.
 
Groupe 1 : (48% des individus)
Les hommes seuls, ayant entre 45 et 55 ans, et qui ont plutôt été admis en CHRS après avoir déjà vécu dans la rue ou dans un établissement social. Majoritairement, ils n’ont aucun revenu, perçoivent un des minima sociaux et sont couverts par la CMUC (Couverture Maladie Universelle Complémentaire). Ils sont plutôt en hébergement regroupé (hébergement collectif).
 
Groupe 2 : (23% des individus)
Les femmes sans conjoint et accompagnées d’enfant(s). Elles sont âgées de 25 à 45 ans. Avant, elles vivaient majoritairement en logement ordinaire, qu’elles ont quitté souvent suite à des violences conjugales. Elles ne travaillent majoritairement pas et perçoivent les minima sociaux ainsi que d’autres ressources de type allocation. Avec leurs enfants, elles sont plutôt logées en hébergement éclaté (parc de logement dispersé géographiquement).
 
Groupe 3 : (17% des individus)
Les jeunes (18-25 ans) en rupture familiale, qui étaient hébergés gratuitement, chez des amis ou de la famille avant d’arriver en CHRS. Ils sont majoritairement couverts par la sécurité sociale, touchent un revenu du travail ou de stage mais n’ont pas droit aux minima sociaux, ni à d’autres ressources.
 
Groupe 4 : (12% des individus)
Les étrangers, vivant en hébergement regroupé et qui ont majoritairement déjà vécu dans la rue. Ils ne perçoivent pas de minima sociaux et n’ont aucun revenu. Ils sont pour la plupart couverts par l’AME (Aide Médicale d'Etat).
 
A noter : 58% des CHRS accueillent des publics prioritaires : femmes victimes de violence, jeunes de moins de 25 ans , personnes confrontées à l’alcoolisme, aux toxicomanies ou à d’autres dépendances et les sortants de prison.
Face à ces différents publics, les salariés ont une obligation d’adaptation afin de pouvoir répondre au mieux aux préoccupations de chacun.
 
Les établissements d’hébergement pour adultes et familles en difficulté sociale – ES 2008 – Dress – Février 2012

La dégradation des conditions de travail : une raison de renforcer la prévention santé dans les CHRS 

De plus en plus de salariés  considèrent que les difficultés financières rencontrées par les établissements depuis des années entraine des conséquences souvent désastreuses tant sur les conditions de travail que sur les conditions d’accueil des publics :
- Nombre de CHRS connaissent des difficultés financières importantes avec des conséquences en terme de licenciements voire de fermeture de structures, mais aussi de regroupements forcés, de mise en concurrence ;
- Avec des conséquences sur les conditions de travail qui se dégradent notamment en terme de taux d’encadrement et de non-remplacement de salariés. L’impression grandissante de perdre le sens même du travail 
- Avec des conditions salariales qui se dégradent : pas d’augmentation de salaire depuis plusieurs années 
- Avec le sentiment grandissant de dénaturation des missions donc du travail, aggravé par l’application des décrets de Janvier et Février 2012 sur le logement d'abord qui menace à terme l’existence même des CHRS et des services annexes ( service d’urgence, accueil prénatal, halte soin santé, point santé, accueil de jour…)
- Avec des conséquences néfastes sur les conditions d’accueil des publics, sans logement et donc parmi les plus fragiles ( hommes femmes enfants) . Cette dégradation de l’accueil entraîne notamment une augmentation des situations de violence verbale et physique sur les salariés.

Ces mutations des conditions de travail rendent impératif le renforcement de la prévention santé dans les CHRS et de la sensibilisation aux risques professionnels auprès des salariés.

Un bénévolat important

Le bénévolat est très présent dans ce secteur d'activité. Chaque structure doit être consciente de sa responsabilité vis à- vis des accidents ou maladies qui peuvent arriver aux bénévoles.

Des enjeux importants pour les établissements 

Compte tenu de ces spécificités et des contraintes propres aux CHRS, du sentiment de mal-être des salariés, l’évaluation et la prévention des risques professionnels comportent plusieurs enjeux, essentiels à la vie des structures :

- Des enjeux humains : santé physique et mentale des salariés, bien-être des salariés, respect des valeurs de l’économie sociale, dialogue social, prévention de la pénibilité et de l’usure au travail …
 
- Des enjeux liés à l’organisation du travail : manque de coopération dans le travail, turn-over, absentéisme,  violence au travail…
 
- Des enjeux économiques : coûts induits, qualité des réalisations …
 

 

Écrit par Uni Santé - Docteur Vincent Bonniol
Créé le Mardi, 28 Août 2012 14:22
Mis à jour le Dimanche, 05 Juillet 2015 15:24